Biography / Biographie

ENGLISH

Born in 1965 in London, Simon is the fourth of Aurélie and Brian Wildsmith’s children. Brought up with his three sisters in a home ambiance of creativity and colour, he had great difficulty in abiding in the supposed importance of the formalised world of rules and schools. His understanding of life was elsewhere.

At the age of five, Simon left the only school in which he was happy, kindergarden. In 1971 the family left London for the south of France. The very tidy and polite residential outskirts of London were abandoned for a strange village where the lines between sculpture and architecture were blurred. Castellaras was imagined and created by Jacques Couelle. He did not consider himself as an architect but as an « écologue ». The framework to his creation was different. The most comfortable place for all species being the mother’s womb, Couelle designed around that principle. It was this environment that helped open Simon’s mind to creation in various dimensions. Space and time, the influences of the sun, the moon and even the earth’s magnetic fields all had their part to play in the layout and structure of many of Jacques Couelle’s houses, notably the one the Wildsmiths lived in.

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FRANçAIS

Né à Londres en 1965, Simon est le dernier né des quatre enfants d’Aurélie et Brian Wildsmith. Elevé avec ses trois sœurs dans une ambiance où régnaient couleurs et créativité, il éprouva de sérieuses difficultés à se soumettre à la soi-disant importance du monde formel des règles et de l’école. Son approche du monde était tout autre, tendue vers un ailleurs.

A l’âge de cinq ans, Simon dut abandonner l’unique école dans laquelle il sera heureux, le jardin d’enfants. En 1971, la famille quitta Londres pour le sud-est de la France ; délaissant la banlieue résidentielle londonienne soignée pour un étrange village où les limites entre sculpture et architecture étaient estompées. Castellaras est un village imaginé et créé par Jacques Couëlle, qui se définissait lui-même davantage comme « écologue » plutôt qu’architecte. La structure de ses maisons est en effet très particulière : l’endroit le plus confortable pour toute espèce vivante étant le ventre maternel, selon Couëlle, ce dernier créa en s’inspirant de ce principe. C’est cet environnement atypique qui ouvrit l’esprit de Simon à la création sous ses diverses formes. Temps et espace, influence du soleil, de la lune et même des champs magnétiques terrestres, tous ces éléments participent à l’élaboration et à la structure même de bon nombre des maisons conçues par Jacques Couelle, notamment celle où s’installa la famille Wildsmith.

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Simon, Anna, Clare, Brian, Rebecca

ENGLISH

Passionate about art and the early Italian Renaissance in particular, as well as the great food and wine to be found in it’s path, his mother and father spent a great deal of school holiday time driving the family throughout europe from museum to church and gallery to cathedral. His father wanted his children to be immersed in and comfortable with all that he had not had the chance to see or experience as a child, particularly the formidable knowledge and educational power contained in great art and architecture. In his opinion acqiring visual literacy is as vital and fundamental for a child as maths and it has been his lifelong pursuit to put this concept into practice through the texts and fabulous multi coloured illustrations that adorn the more than eighty childrens books he has published with Oxford University Press.

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FRANçAIS

Passionnés d’art, en particulier celui de la première Renaissance italienne, tout comme par la gastronomie et le bon vin qu’ils pouvaient apprécier en chemin, les parents du jeune Simon n’ont eu de cesse de sillonner l’Europe pendant les vacances scolaires en faisant découvrir à leurs enfants musées, galeries, églises et cathédrales. Son père voulait simplement que ses enfants soient pleinement immergés et imprégnés de tout ce qu’il n’avait pas eu la chance de voir étant enfant, notamment le formidable savoir et pouvoir éducatif détenu par l’architecture et la peinture de tout premier ordre. Selon lui, bénéficier d’une éducation esthétique était tout aussi vital et fondamental pour un enfant que l’apprentissage des mathématiques et il chercha à mettre en pratique ce concept toute sa vie et sans relâche à travers l’écriture et les merveilleuses illustrations multicolores qui ornent les pages de plus de quatre-vingt livres pour enfants, édités chez Oxford University Press.

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ENGLISH

The French schools he attended in his childhood were unanimous in stating that he was not suited to their particular style of education, so Simon spent his adolescent years testing whatever the english boarding school system could throw at him.

At nineteen, he went to art and design school in Croydon, London. He earned a last minute and rather dubious place there thanks to a portfolio of his sister Rebecca’s drawings and his sister Clare’s photographs. A couple of ceramic pots made at boarding school were thrown in for good measure. There he studied ceramics, both hand made and industrial. His meeting with Lucie Rie and discovery of the great work of Hans Coper confirmed his choice of clay as being the correct medium for the expression of his ideas and so he stuck with this quite exclusively for six years.

He set up his first workshop in his then girlfriend’s spare bedroom and several others followed. Little by little he made his way and exhibited his painstakingly made pot/objects in a number of galleries in the U.K., France, the USA and Japan.

FRANçAIS

Les écoles françaises que Simon fréquenta durant son enfance confirmèrent ainsi unanimement que le jeune garçon ne pouvait s’adapter à leur style éducatif particulier. Aussi passa-t-il ses années d’adolescence à expérimenter tout ce à quoi le système du pensionnat anglais pouvait tenter de le soumettre.

A dix-neuf ans, il entra in extremis au Croydon College of Art and Design, dans la banlieue sud de Londres. Il obtint en effet sa place au dernier moment et de manière peu académique en présentant un carton de dessins appartenant à sa sœur Rebecca et des photographies prises par une autre de ses sœurs, Clare, accompagnés avec bonheur de deux pots en céramique qu’il avait réalisés pendant ses années de pensionnat. C’est ainsi qu’il commença à étudier la céramique d’art et industrielle. Sa rencontre à la même période avec Lucie Rie et la découverte du travail de Hans Coper, célèbres céramistes qui renouvelèrent cet art, confirmèrent le choix de ce médium que Simon va privilégier comme mode d’expression exclusif pendant six ans.

Il installa son premier atelier dans une chambre chez sa petite amie de l’époque, et plusieurs autres virent le jour pendant les années qui suivirent. Il fit peu à peu son chemin et exposa ses œuvres, pots, vases et autres objets à l’esthétique si raffinée, dans de nombreuses galeries au Royaume-Uni, en France, aux Etats-Unis et au Japon.

Reclining figure vase. Gold lustre on earthenware. 1997

Matavase. Lustre on porcelain. 1997

The Novice. Lustre on earthenware. 1996

The inedible bird. Coloured slip and gold lustre on earthenware. 1989

Self portrait at 9am / Autoportrait à 9h. Gold lustre on earthenware. 1997

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In 1990 he set up a tableware company to satisfy the growing market of consumer happy people eager to own much and regularly change everything they had. His clients were the chic shops and boutiques of London, Paris, Milan, New York, Ontario, Singapore… He designed tableware exclusively for the Royal Academy of Arts, the National Galleries of Scotland and The Tower of London.

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En 1990, il fonda une entreprise de pièces d’art de la table pour satisfaire le marché croissant de ces heureux consommateurs avides de détenir toujours plus et de renouveler régulièrement tout ce qu’ils pouvaient posséder. Ses clients étaient les boutiques et magasins chics de Londres, Paris, Milan, New York, Ontario, Singapour… Il créa également des pièces de table en exclusivité pour la Royal Academy of Arts ainsi que pour les National Galleries of Scotland et la Tour de Londres.

"Spears" espresso cup. Bone china. 1993

Coloured lustre mugs. Bone China. 1992

Various Press. 1993.

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Stifled by the technical limitations of clay and in need of change, space and time to reflect, Simon left London for France. After a long meandering tour along the rivers of the south west on his motorcycle, he bought a large and rundown c19th house near Cahors in the Lot region and proceeded to spend a number of years transforming it into his ideal home and studio. Had he been more interested in performing well at school, he might well have been an architect and this was a way of dealing with that particular frustration.

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Cependant, se sentant de plus en plus limité par les contraintes de l’argile, et animé d’un désir de nouveauté, d’espace et de réflexion, Simon quitta Londres pour la France, où à la faveur d’une longue exploration à moto serpentant le long des rivières du Sud-ouest, il s’établit en 1994 près de Cahors dans le Lot. Dès lors il consacra une dizaine d’années, parallèlement à son travail d’artiste, à la réhabilitation d’une demeure du XIXe siècle, qui devint l’écrin de son atelier et de sa maison idéale, réminiscence de la magie de son enfance. Il réalisait par là son rêve d’enfant, auquel son rejet du système éducatif n’avait pu donner corps : être architecte.

My anti biker-look Honda Transalp, 1991

Simon’s house and atelier - Le Pigeonnier

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A new period began in the evolution of his work with his settling in the Lot valley far from the consumer society that he continued to feed but who’s habits and practices were more and more at odds with his own. In 2000, excited and stimulated by the extraordinary potential offered by digital technologies, he abandoned ceramic creation for new horizons in two dimensions. Simon fully embraced a set of new and powerful tools with which he set about to paint digitally and print with the best inks on the finest of papers. This allows him a quasi limitless field of expression and creativity while maintaining both the principles of series and editions found in some of his ceramic work.

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Une nouvelle période s’ouvrit dans l’évolution de son travail avec l’installation de l’artiste dans le Lot, à l’abri de la société de la consommation pour laquelle il continua d’œuvrer mais dont le fonctionnement allait de plus en plus à l’encontre de ses valeurs éthiques. Aussi, au tournant des années 2000, stimulé par les opportunités offertes par les nouvelles technologies, il délaissa la réalisation de céramiques au profit de l’expression en deux dimensions. Simon embrassa ainsi la création de peintures numériques sur papier, qui lui permettent encore aujourd’hui de bénéficier d’un champ d’expression et de possibilités créatrices presque sans limites, tout en conservant les principes de multiplicité et de séries éprouvés dans les réalisations en céramique.

With "The Big Bang" at the Moretti et Moretti gallery "strret & pop" opening, Paris, 24th October 2013. Photo: Marc Jeanneteau.

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Despite this seemingly radical change in medium, his work continues to explore the themes that have always been at the forefront of his mind : His bitter sweet contestation of human foibles, both psychological, historical and political, the call to a spaceless and timeless elsewhere, the use of symbols belonging to a universal memory, often tinged with humour and augmented by an accute, subtle and fine aesthetic sense.

In 2013, a new phase is appearing in his work with the return of objects in three dimensions. A new piece in cast porcelain and gold lustre, materials that were often present in his tableware and ceramics and which were a trademark of his particular style. And his work with paper which is unfolding into space with the creation of a remarkable architectural sculpture, a perfectly composed, structured and executed dome, « Dissent » in collaboration with his sister Rebecca Doubleyou.

His work, one off and very limited dition prints are in many private collections worldwide and are regularly exhibited (Art Basel Miami, Cannes, Singapore, Paris…)

FRANçAIS

Derrière l’apparente radicalité de changement de mode d’expression, ses oeuvres continuent d’explorer les thèmes qui traversent son œuvre depuis toujours : douces contestations des travers humains, tant psychologiques, historiques que politiques, appel vers un ailleurs hors temps et hors espace, recours aux symboles d’une mémoire universelle, rappel de signes cosmiques, le tout non dénué d’humour et soutenu par un sens aigu d’une esthétique subtile et très fine.

En 2013, une nouvelle phase semble se dessiner dans son œuvre avec la réapparition d’objets en trois dimensions. On assiste en effet de nouveau au recours à la porcelaine, à l’emploi du lustre et de l’or, matériaux qui ont marqué de leur présence ses productions d’art de la table et ses objets en céramique, et façonné son style si particulier. Par ailleurs, son travail sur papier se déploie dans l’espace avec l’élaboration d’une remarquable sculpture architecturale, sublime dôme à la structure parfaite, « Dissidence » en collaboration avec sa sœur Rebecca Doubleyou.

Aujourd’hui ses tableaux, peintures numériques aux tirages uniques ou limités, sont présents dans de nombreuses collections et sont régulièrement exposés (Art Basel Miami, Cannes, Singapour, Paris…).

Simon Wildsmith et Blandine Dubois.

Traduction Blandine Dubois

Exhibitions / Expositions

Solo Exhibitions

Current Work

2013

April 3rd - Autumn - Le Voilier, 61 La Croisette, Cannes, France

April 4th - 7th - Miami International Art Fair (MIA) Encore

January 24th - 28th - Art Palm Beach

January 17th - 21st - Miami International Art Fair (MIA)

2012

25th February - 3rd March - "Pop Up Show" - Hyderabad road, Singapore

2011

July 12 - 29 - La Chantrerie, rue de la Chantrerie, Cahors, France

2008

October - Le Voilier, 61 La Croisette, Cannes, France

August - Château de Castellaras, Mouans-Sartoux, France

June - Linq Communication, Gent, Belgium

January - Espace Municipal d’Art Contemporain, Cahors, France

2007

June - Espace Architecture Nathalie Larradet, Pau, France

Ceramics

1997 - Galerie L’Etang d’Art, Bages, France

Group Exhibitions

2013

9th October - 16th November. Galerie Moretti et Moretti, Paris, France.

2012

23rd June - 31st October. Current work, Château de Mercuès, Lot, France

1992 - M et M Gallery, Tokyo, Japan

1991 - Wilson and Gough, London, UK

1989 - Albertson-Peterson Gallery, Winter Park, Florida, USA

1987 - Cré Ceramics, London, UK

1986 - The Ashdown Gallery, Sussex, UK

- London Ecology Centre, London, UK

"Regarde de tous tes yeux, regarde" Blandine Dubois, septembre 2013

« Regarde de tous tes yeux, regarde »

Un artiste n’est rien sans une obsession et j’ai la mienne. Andres Serrano, 1991

« What’s your drug ? » interroge le tableau. C’est la question adressée au regardeur par The Big Bang, tableau explosif de Simon Wildsmith, qui concentre en son sein bon nombre de tropismes cher à l’artiste. Le regard est accroché et happé par ce tableau, explosion fulgurante de couleurs lumineuses, jaillissement de croix éclatées irradiant géométriquement aux quatre points cardinaux. Dans une version en cours d’élaboration, un bas relief, Il fige dans la porcelaine lustrée l’instant sublime où le shoot en fait voir de toutes les couleurs. Simon Wildsmith met juste en scène un flash, tout de séduction de la promesse d’un ailleurs. Il nous montre les illusions d’un monde meilleur injecté par des seringues dorées, plantées, bien ordonnées, dans les avant-bras de l’artiste reproduits et moulés dans la matière céramique. Cette volonté de s’inscrire corporellement dans son propre discours prouve l’engagement et la sincérité de l’artiste à dénoncer la folie du monde. Là est sa place, affirme-t-il, animé par une profonde nécessité de créer. Assurément.

Par-delà la première lecture de ce bas-relief, où le motif de l’addiction apparait, symbolisé par la présence de ces seringues lustrées à l’or, métaphore évidente de la promesse d’un paradis terrestre et éphémère à portée de tous, Simon Wildsmith nous parle en fait de l’absence de profonde liberté humaine. Il nous raconte un monde se montrant sous son jour le plus séduisant, mais le plus illusoire, nous faisant croire que davantage de bonheur vite accessible est possible. Effectivement, nous dit-il, en chacun de nous est logée une addiction, même a priori saine.

Artiste et designer anglais, basque et écossais à l’âme d’architecte, formé à l’École d’Art et de Design de Croydon dans la banlieue londonienne, Simon Wildsmith vit aujourd’hui en France dans le Lot. Après avoir travaillé avec succès la céramique, il s’exprime désormais principalement sur papier et exploite les possibilités des nouvelles technologies. Ses tableaux sont des peintures numériques subtiles et soignées. Des encres pigmentaires de qualité remplacent la matière picturale et sont guidées par l’artiste pour lequel la palette graphique, remplaçant le pinceau, est quasiment une prolongation de son bras, en donnant jour aux compositions très fines et riches de sens qu’il élabore. La création numérique permet à l’artiste d’explorer un champ d’expression quasi-infini, ce qui correspond bien à son désir viscéral de liberté et sa nécessité d’exprimer les distorsions du monde.

Simon Wildsmith aime les histoires. Ses tableaux, accompagnés de titres polysémiques ou référentiels, sont toujours porteurs d’un récit, à la genèse le plus souvent invisible, faite de bribes d’épisodes personnels et intimes, ou de la réverbération de l’actualité. Ses peintures naissent de ces désirs de récits, de ses secrets déclencheurs de l’image, seuls connus de l’artiste ou de ceux à qui l’artiste, prolixe et amoureux des mises en scènes, les a confiés.

Bon nombre de ses tableaux sont des autoportraits ou des moments autobiographiques, tels le gracieux et sincère Eloge de la complexité, considération de l’artiste sur sa propre évolution, ou encore I played, I lost, peinture cristallisant une peine de cœur, où les yeux mêmes de l’artiste habitent ce crâne et fixent le regardeur. Cependant, sous couvert de confidences, Simon Wildsmith reste intelligemment secret car complexe. La profusion d’images s’entrecroisant qui composent ses tableaux, la précision recherchée de détails dessinés parfois visibles par lui seul, attestent de cette complexité. L’intérêt de cette intimité apparemment dévoilée est son écho à celle de tout un chacun. Cette intimité est universelle.

Simon Wildsmith part toujours du ressenti et de l’analyse lucide de la condition de l’homme et des travers de la nature humaine, pétrie d’obsessions religieuse, politique ou économique et d’addictions.

Un ressenti, une impression, sont conceptualisés, mis en forme, donnés à voir et à dire. En effet, son processus de création est le plus souvent déclenché par un détail visuel, qui sera extrapolé, transposé, transformé, sublimé. Au commencement est un extrait du réel. Simon Wildsmith pratique l’emprunt, l’insertion et la distorsion d’images, l’esthétisation de détails, l’assemblage, la superposition de minces strates de motifs, et le dessin pictural. Son discours est théâtralisé. Il explore les capacités infinies de la composition en insérant même ses propres tableaux dans une nouvelle peinture, comme pour De retour de croisades. Ainsi la lecture de son œuvre s’apprécie à différents niveaux et s’enrichit en s’étirant dans le temps : l’œil et l’esprit, d’abord séduits par l’approche globale peuvent doucement être embarqués dans de véritables et minutieux voyages en focalisant sur chacun des détails.

Ici, dans son tableau La Croissance, dont le titre confirme le goût des jeux de mots de l’artiste, une puce de carte de crédit, entendue comme symbole actuel de nos addictions consommatrices, et démultipliée par l’artiste, devient vanité dorée contemporaine. Là, The Beach, semblable à une aura vibratoire et solaire, est une vision agacée d’une plage cannoise en été, où l’homme s’agglutine sur le sable avec ses semblables, comme des mouches. Le détail des pattes de l’insecte s’entrecroisant et pixellisé par l’artiste se métamorphose avec délicatesse en corps de femme en bikini. My mother your daughter my girlfriend your wife est un suaire animé des regards de l’artiste sur les femmes, maternelles ou sensuelles, s’élargissant en une vision générale sur la féminité et la création biologique où Eros et Thanatos fusionnent. Tu ne tueras point, portrait de taureau très graphique, est une extrapolation époustouflante d’imagination et de lectures d’un écrit blanc, « Allah Akbar », peint à l’arrière d’une remorque marocaine rouge aux portes du Sahara. Déclinaison de street art malgré lui, chaque dessin composant le tableau est en effet un sample métamorphosé de ces mots peints « Dieu est grand » et une douce critique du pouvoir de la religion.

L’institution qui sacralise l’art n’est pas épargnée par la sensibilité de l’artiste, à l’instar de l’attitude dadaïste et de la formule de Picabia : « l’Art est partout, excepté chez les marchands d’Art, dans les temples de l’Art ». De ses nombreuses photos prises du sol gris, piétiné et inconsidéré de la dernière foire Art Basel, temple du marché de l’art contemporain, l’artiste nous fait voir des motifs et silhouettes, écritures, graffiti, textures, se dégageant d’eux-mêmes de l’image. La méthode peut rappeler les peintures en sable d’André Masson qui cherchait la forme apparaissant et s’imposant au regard d’elle-même. Dans cette vaste série d’art du sol spontanée, car créée en temps limité (exercice fort apprécié de bon nombre de peintres numériques actuels) Simon Wildsmith cadre un détail, un objet, une ligne, une empreinte et l’extrait de ce contexte poussiéreux a priori insignifiant. Il ajoute une trame visuelle transparente ou un aplat coloré, démultiplie le motif. Le sol devient espace. Il part du vil, de l’anodin, met en œuvre son jeu de connexions libres, puis l’élève, transforme le plomb en or, souvent grâce à la figuration d’ailes s’envolant. Il décontextualise le motif pour le faire basculer dans le champ esthétique, dans celui de la réflexion et de la méditation. Ainsi dans Urinoir, dont le titre n’est pas sans rappeler Fontaine de Duchamp, un poil pubien échoué sur la céramique de toilettes à la foire de Bâle, démultiplié, proliféré, devient une chevelure enserrant un désodorisant métamorphosé lui aussi en cellule bicolore et anneau de Saturne, réflexion sur les créations fondamentales tant artistiques que biologiques. Ailleurs, dans La rentrée, ou le sacrifice d’un enfant à la sagesse, effrayant tableau sur la perte de la liberté de l’élève étouffée par l’autorité du système éducatif, les gravures et taches rouges et blanches accidentelles du sol bâlois deviennent marelle, craie et cour d’école.

Cet intérêt de Simon Wildsmith pour les détails et ces extractions du réel qu’il va extrapoler est à rapprocher de la pensée de la Renaissance ou des philosophies orientales et du système analogique entre microcosme et macrocosme. L’un n’étant qu’une déclinaison de l’autre. Cette possibilité de correspondances entre le grand tout et les petites choses irrigue la réelle compréhension du processus de création de l’artiste. « Dans tout, il y a toujours une part de vérité . » nous dit-il.

En toute logique, la grande Histoire, mémorielle, celle qui nous fait et nous défait, culturellement, socialement, politiquement, est très présente dans son propos. L’artiste compose des trames narratives qui se rappellent à l’actualité évènementielle du monde. En dehors de toute expression sentimentaliste, l’artiste pointe les dérives malsaines commises par l’homme, les destructions induites par les fanatismes de tout ordre, mais sans irrévérence ni violence aucune – l’artiste en a une sainte horreur- même si celle-ci est juste parfois suggérée, par la mise en place et en scène d’accessoires (un fouet prêt à châtier, un avion percutant une tour, des coulées de sang…). Le Tigre cristallise le désir de guerre dont se nourrit l’homme, ici par intraveineuse, désir explosif habillant de fumée une vue aérienne de Bagdad, sur lequel plane le Vatican de Bramante dont les transepts terminés de seringues injectent une propagande de chrétienté biaisée. Empire donne à voir les signes de grandeur et de décadence des états et politiques dominants, dont l’histoire nous est racontée ici par leur propres symboles mis en scène, aigle, coq, chien, dragon, non sans humour.

Récemment son travail sur papier s’est déployé en une forme à trois dimensions avec la collaboration de sa sœur Rebecca Doubleyou. Nommé Dissidence, un dôme, sublime et fragile sculpture architecturale de papier, aux dimensions parfaites, cache en son sein tout un programme. Sous cette cloche virginale si gracieuse et silencieuse, sous ce système posé et sacré, celui du consumérisme protecteur mais étouffant, la révolte gronde. Le dôme, percé de huit portes dorées à la feuille, laisse le désir d’échappée et la nécessité de liberté trouer son éternité illusoire, le transformant en tombeau. Grâce et subversion mêlées, là se positionne l’artiste.

Dans ses tableaux, Simon Wildsmith provoque l’esprit avec douceur et extrême respect. Il alerte, donne à voir, à prendre conscience, à regarder autrement notre condition profonde, héritée et en devenir inéluctable. Le crâne, le squelette, l’os, l’organique, tous des vanités, sont récurrents. Tout à la fois idéaliste, universaliste, habité de la spontanéité, de la liberté imaginatrice et de l’énergie productive et critique de l’enfance, le propos de l’artiste est toujours fondamentalement juste. Hetero Sapiens Homo Sapiens montre à première vue une grille proche de la dentelle d’un mandala. De plus près, il s’agit d’un ballet de couples mis en scène, où l’homme est façonné de bâtons d’os. Le tableau illustre l’hypocrisie de la morale jetée sur les différenciations de pratiques sexuelles. La liberté de Simon Wildsmith nous offre une capacité de résistance et bouscule les consciences ensommeillées.

Mais s’il livre ainsi des clés de lecture du monde, le sens de ses tableaux ne se déploie pleinement que dans la narration à venir, à inventer, celle que le regardeur va faire sienne. Le spectateur est appelé à poursuivre en lui le récit de l’histoire, mais ne sera plus vraiment le même. Simon Wildsmith ébranle notre édifice intellectuel. Car les interrogations posées par l’artiste s’ancrent, sans douleur, mais profondément en chacun de nous et produisent d’imperceptibles changements dans notre vision du monde. Simon Wildsmith, tant l’homme que l’artiste, maîtrise l’art de poser les bonnes questions. En accord avec la formule duchampienne, c’est bien le regardeur qui fait le tableau ici. La force de son œuvre, et sa capacité à transformer celui qui s’arrête devant ses images, résident dans le choix du moment même de la narration que l’artiste choisit de mettre en scène. En effet, le point de tension entre ce qui fut, c’est-à-dire le détail qui donne naissance à l’image, et le devenir du propos en germe dans l’imagination du regardeur, est figé, en parfait équilibre entre l’avant et l’après.

La magie de son travail opère dans le fait que ses tableaux sont toujours des ouvertures sur un ailleurs. L’espace était déjà très présent dans ses céramiques avec la récurrence de motifs d’astres. Dans ses peintures numériques, où le sol n’est jamais représenté, ce désir d’envolée et d’infini prend souvent corps dans la présence notable de papillons, d’ailes d’oiseaux ou d’anges et de petits hommes-croix flottants. Le choix de la couleur soutient également le désir d’ailleurs. A propos de On ira tous au paradis, l’artiste précise : « Je voulais un bleu du rêve, de l’insouciance, qui permette l’abandon de soi. Le vide planant ». La construction et la conceptualisation contrôlée de ces mondes autres, foisonnant de précision et de détails, de signification, de profondeur et de légèreté, de perspicacité et d’espoir, sont toujours hors sol, hors temps et hors espace définissables, hormis celui de l’infini. La rêverie et la méditation sont des issues possibles à l’analyse des extraits du réel effectués par l’artiste. Comme dans A lot to do about nothing où l’homme-croix se détache du réel dans une fuite en avant, une nuée échappatoire. De même, la fréquente répétition de motifs, de grilles, de lignes, parfois à la limite de l’abstraction, l’omniprésence de croix, symbole fétiche de l’artiste, donnent à voir des mantras visuels, et font basculer l’image dans les possibilités méditatives à la fois évasives et réflexives des mandalas. Ses tableaux possèdent la puissance des icônes.

Simon Wildsmith crée avec un sens inouï de l’esthétisme et une grâce certaine, sans doute héritée avec bonheur de son père, célèbre illustrateur anglais et coloriste prodigieux de livres pour enfants. En tendant vers l’harmonie, la subtilité et la complexité, Simon Wildsmith réussit à sublimer sa douce et sincère révolte contre ce qui entache l’humain. Bien que passé au prisme du contrôle rationnel de chaque pixel, chacun de ses tableaux a la capacité de faire rêver. Simon Wildsmith incise le monde, accroche notre œil, renoue avec l’essentiel, ré-enchante le monde. Touche au cœur. Avec respect et infinie justesse. Et cela fonctionne.

1 Jules Verne, Michel Strogoff. 2 Entretien avec l’artiste dans son atelier, 20 août 2013.

Blandine Dubois Cahors et ailleurs, septembre 2013.